INTERPOL – VERS UNE GESTION INTELLIGENTE DES DONNEES.

Le 26 mars dernier, l’ANAJ- IHEDN organisait dans l’Amphithéâtre Desvallières de l’Ecole Militaire à Paris une conférence sur le thème suivant : 

 «  Quelle efficacité pour la coopération policière internationale ? ». 

A cet effet, le Directeur Exécutif des Services de Police d’INTERPOL, Monsieur Jean-Michel Louboutin, avait été invité à présenter l’organisation internationale basée à Lyon.  

 

A première vue, le thème de cet article semble bien éloigné de l’intelligence économique et de la finance, mais à y regarder de plus près,  et en présentant cette organisation sous l’angle de son cœur d’activité, à savoir l’information,  cette organisation, méconnue du grand public, ne peut que susciter de l’intérêt et de la curiosité……..

 

(Siège d’INTERPOL sur les bords du Rhône à LYON)

LES CARACTERISTIQUES DE CETTE ORGANISATION 

–     Cette organisation de type OIG n’existe et ne fonctionne que par la volonté de ses membres à vouloir partager de l’information. L’information est la matière première de cette organisation, qui se situe au cœur de l’activité de ses services. Certes, les informations partagées ne sont pas des données sensibles ou stratégiques pour chaque pays membre, mais permettent, entre autres, de lutter contre la criminalité et le terrorisme au niveau international.

–   Les membres de cette organisation viennent alimenter une base de connaissances, c’est-à-dire un fonds documentaire informatisé, structuré et sécurisé, et qui représente une structure d’accueil pour des bases de données spécifiques. 

–    A côté de la lutte contre le terrorisme, les activités de l’organisation traitent aussi de cybercriminalité, de criminalité financière, d’atteinte à la propriété intellectuelle et de contrefaçon, d’atteinte à l’environnement et  de corruption.

Dans une entreprise commerciale, Ce risques et menaces rentrent dans le périmètre de l’intelligence économique stratégique. 

–     INTERPOL souhaite améliorer son modèle économique. Cela incite cette organisation intergouvernementale à innover et à rechercher de nouveaux financements et partenariats. 

Le mode de fonctionnement de cette entité, dans son activité et dans la gestion des données, s’apparente-t-il à une démarche d’intelligence économique ? 

Qu’est ce qu’INTERPOL ? 

C’est une plate-forme de coopération policière unique qui regroupe 190 membres. 

Sa mission est de faciliter la coopération policière internationale afin de lutter contre la criminalité du XXI siècle sous toutes ces formes. La mondialisation a donné à la criminalité de nouveaux territoires de conquête et des pratiques en constante évolution qu’il faut anticiper, définir, surveiller, analyser, évaluer et combattre.

Interpol, c’est plus de 2 millions de consultations par an, et 25 recherches par seconde. 

Brève Historique de l’organisation  

1914 : Premier congrès international de police judiciaire à Monaco 

1923 : Création à Vienne de la commission Internationale de Police Criminelle 

1956 : La commission International de police criminelle (CIPC) devient  l’organisation internationale de police criminelle-INTERPOL 

1971 : L’organisation des Nations Unis reconnait Interpol en tant qu’Organisation Intergouvernementale. 

1989 : Le siège de l’organisation, initialement à Paris, est transféré à Lyon. 

2002 : Un système de communication I-24/7 fondé sur les technologies web est mis en œuvre. 

2003 : Un centre de commandement  et de coordination est mis en place au Secrétariat général 

LES CHAMPS D’ACTION 

–         La corruption

–         Propriété intellectuelle et contrefaçon

–         Criminalité pharmaceutique

–         La cybercriminalité

–         La criminalité financière

–         Vols et commerce illicite des biens culturels

–         La piraterie maritime

–         Les armes à feu

–         Criminalité liée à l’environnement

–         Criminalité liée a la pédophilie

–         Commerce de la drogue

–         Personnes recherchées pour actes illicites

–         Criminalité liée aux vols et trafics de véhicules

–         Criminalité organisée

–         Trafic des êtres humains

–         Terrorisme 

UN SYSTEME DE COMMUNICATION 

L’organisation dispose d’un réseau mondial de communication, fiable, rapide et sécurisé, le I-247 qui relie les 190  bureaux centraux nationaux (BCN) permet à ses pays membres d’accéder directement et instantanément à toute une gamme d’informations de police. 

Ce réseau permet d’accéder à différentes bases de données par thèmes. 

LA BASE DE CONNAISSANCES 

– Base de données de passeports volés  et de documents de voyages volés ou perdus. 

Après les événements du 11 septembre à New York City, l’organisation Interpol a crée en 2002 une base de documents de voyages volés ou perdus (SLTD). L’utilisation, notamment par le terrorisme, de documents de voyages volés constituait une faille importante dans le dispositif de sécurité au niveau mondial. Les actions de recherches et de vérifications effectués par les  sur cette base de données a permis de détecter 1275 documents volés ou perdus en 2011. 

–         Base de données sur empreintes digitales 

L’organisation gère un système de comparaison/reconnaissance automatisés d’empreintes digitales. Les pays membres peuvent envoyer les empreintes soi par voie électronique, soit par courrier. 

– Base de données génétiques ADN 

La base de profils ADN crée en 2003 contient les profils génétiques d’individus provenant de 57 pays. Cette base est très utile pour résoudre des affaires de viols. 

– Base  de données balistiques 

Cette base ou réseau d’information balistique d’Interpol(IBIN) crée en 2009 recense 125 000 données fournies par 9 pays membres et permet de comparer des données balistiques. 25 pays sont en attente pour participer à cette base. 

– Base de données de Véhicules volées 

Cette base (ASF-SMV) recense 7 millions de données concernant des véhicules déclarés volés. 

–         Base de  données d’abus sexuels 

A l’aide de cette base «  International Child Sexual data base (ICSE),  1 470 pédophiles ont pu être identifiés à ce jour et 2 640 victimes ont été identifiées et sauvées. 

–         Base de données sur les atteintes à la propriété intellectuelle. 

Cette  base (DIPP) permet de lutter contre la contrefaçon et le piratage 

–         Base de données sur les œuvres d’art 

–         Base de données nominatives 

Le traitement des données font l’objet d’un règlement. 

UN SYSTEME D’ALERTE 

Le centre de gravité, c’est-à-dire ce qui fait la force de cette organisation, passe non seulement par le partage de données entre membres, mais aussi par la possibilité de communiquer avec d’autres pays non membres pour leur signaler des menaces ou leur demander une assistance pour résoudre des affaires de police ou de terrorisme. Des organisations internationales comme le Conseil de Sécurité des Nations Unies, La Cour Pénal International, peuvent utiliser ce système d’alerte pour informer que certaines personnes font l’objet de sanctions des Nations Unis. 

Un système fondé sur la base de différentes types de notices internationales a été mis en place et transmet des informations sur des infractions et événements graves (personnes recherchées, personnes disparues, menaces potentielles, modes opératoires de la criminalité). 

Pour animer tout ce système d’information, Interpol dispose d’un centre de commandement et de coordination (CCC) au siège qui assure plusieurs missions : 

–         Assistance et soutien 24h sur 24 aux pays membres face à une situation de crise

–         Cellule de soutien aux grandes manifestations (coupe du monde et jeux olympiques) 

Afin de fournir au niveau régionale des réponses plus adaptées,  des centres de commandement et coordination régionale ont été crées (Buenos Aires et Singapour) et  un nouveau complexe mondial pour l’innovation doit s’implanter à Singapour.

Interpol a mis en place aussi des représentations auprès de l’organisation des nations Unis à New York et auprès de l’Union européenne à Bruxelles. 

FINANCEMENT ET INNOVATION

Lors de l’assemblée générale annuelle, la contribution statutaire est calculée en fonction des ressources de chaque pays membre.

Le budget tourne autour d’EUR 54 millions. 

Devant l’insuffisance des ressources, Interpol a défini un cadre stratégique pour les années 2011/2013, dont l’une des priorités est la mise en œuvre de financement dans le cadre de partenariats avec d’autres organisations et avec le secteur public et privé. 

Projets en cours et à venir : 

–         Des subventions sont accordées par des Etats pour des collaborations sur des programmes particuliers :

Ressources accordées par des ONG et la Norvège pour lutter contre les atteintes à l’environnement. 

–         L’union européenne, la France et la Norvège contribuent à la lutte contre la piraterie maritime. 

–         Projet pilote avec le secteur bancaire pour un accès aux documents de la base de données des documents administratifs volés.Le cadre bancaire réglementaire impose aux établissements financiers des devoirs de diligence, et notamment le « Know your Customer », qui consiste à s’assurer de la validité et de l’authenticité d’un document d’identité et de pièces justificatives de domicile et de contrôler que la personne est bien celle qu’elle prétend être. Ce projet est actuellement en gestation avec la France. 

–         Echange d’informations avec l’Otan. 

–         Projet avec le secteur privé sur une certification d’équipements de lutte contre la criminalité. 

–         Relations avec organismes de normalisation dans le domaine de la communication. 

–         Financement de l’Union européenne de projets Interpol dans le domaine maritime, bases de données et système de communication avec l’Afrique de l’Ouest. 

–         Projet de créer un registre mondial qui doit permettre à chaque citoyen de scanner un produit pour savoir s’il est contrefait ou pas. 

–         Projet concernant les pays de l’Union européenne, membres de Interpol, Europol, et du système d’information Schengen (SIS) afin qu’ils n’effectuent qu’une seule saisie pour alimenter les bases de ces organisations. 

ANALYSE DE SON MODE DE FONCTIONNEMENT INFORMATIONNEL 

Interpol, en tant qu’entité, a un système d’information structuré autour d’une base de connaissances et d’une infrastructure de communication (messagerie électronique mondiale).

Chaque pays possédait son propre « système d’information » avec des données utiles pour les autres pays. Cette volonté de partage a permis une mutualisation des différents systèmes.

Les pays membres, comme des veilleurs en entreprise, viennent alimenter les différentes bases de données (phase de recueil, de collecte et d’enregistrement). Ce partage des données et cette capitalisation de la veille va permettre l’étape de l’exploitation (consultation, transmission utilisation ou consultation) dans le sens où un pays membre pourra par exemple demander  (ou « matcher ») une requête de vérification d’un document administratif qui circule, avec une donnée qui indique le vol de ce document. C’est dans cette phase d’exploitation que les données se transforment en information intelligente et utile. 

Si l’on considère que l’intelligence économique est un système qui permet  de recueillir, de capitaliser, et de fournir une information pertinente et que la démarche de l’intelligence économique passe aussi par le sens du partage et de l’anticipation, on est bien dans une organisation informationnelle, avec un processus de veille, une base de connaissances comme outil d’intelligence et une structure d’échanges permanents de données par un réseau privé et sécurisé. 

Interpol a donc bien dans son management de l’information des éléments qui caractérise : 

–         une maîtrise des processus d’information,

–         une pratique par les outils de veille

–         un dispositif en intelligence avec son environnement proche. 

La mise en place de ces éléments passe par une démarche d’intelligence économique, processus qui n’est sans doute pas étranger aux récentes et futures évolutions stratégiques évoquées par le Directeur Exécutif des Polices, Monsieur Louboutin, lors de la conférence. 

Sources: 

Pour aller plus loin dans l’analyse et la réflexion : 

–         Vidéo de présentation Interpol

(http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=v3rk3MbrcOA) 

–         Au sujet d’Interpol

(http://www.interpol.int/fr/Centre-des-médias/Vidéos/(video_id)/7370) 

–         Publications d’INTERPOL

(http://www.interpol.int/fr/Centre-des-médias/Publications#n631) 

Bibliographie

–         Interpol. Policiers sans frontières- Laurent Greilsamer- Fayard 1997

–         Interpol – Marc Lebrun- Que sais je ? – PUF 1997 

 

C.C. Forster, le 7 avril 2012

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